mercredi 29 août 2018

Le jeu du siège.


Après de bonnes vacances passées en sa compagnie, il est désormais temps de vous parler du matos élu "Produit de l'année 2018" par la rédaction de enroutepourlenthousiasme.

Ça faisait bien un an que j'y pensais, après quelques voyages et vacances effectués sans, il m'est apparu que son absence prenait beaucoup trop de place. Seule ombre au tableau, le poids et l'encombrement.
J'ai une tente légère qui prend peu de place, idem pour le nécessaire de couchage, j'ai un peu tout optimisé sur le vélo.
Suis-je à 500g près ?
C'est le poids d'un paquet de pâtes. Sur un vélo de 20kg tout mouillé, c'est un détail.

Le déclic vient d'Aurillac.
Au festival de théatre de rue, on passe son temps le cul par terre à attendre ou regarder un spectacle. Il y a deux ans j'ai du me résigner et apporter un trépied. En effet, ma souplesse légendaire m'interdit de rester assis par terre plus de 20min sans souffrir le martyr.
Une fois passé le cap du trépied, en assumer les règles et les contraintes, on vit le festival différemment. On voit enfin les spectacles, on ne souffre plus et on a pas mal au dos en fin de journée. En revanche on fait partie des vieux cons. Faut pouvoir encaisser.

J'attendais d'avoir 30 ans pour investir.

Un jour je me retrouve à devoir aller au parc avec des amis et leur enfant de très petite taille. Ça veut dire s'assoir dans l'herbe et faire semblant que tout va bien.
J'aime mes amis. Je fais un détour par le Vieux Campeur et je les rejoins.

500g, il tient nickel dans mon sac à dos.



Merci Karo pour ton joli doigt.

Je mets 10 minutes à déplier le bordel et....

ahhhhhh, mais qu'on est bien !! La vérité est enfin révélée.

Maintenant va falloir caser ça sur le vélo.
Dans le sac noir fixé au cintre, parfait.



Sa présence est elle notable en roulant ? pas du tout.
Par contre au camping, le plaisir nous ouvre ses portes. Vous pourriez me dire "nan mais y'a toujours une chaise qui traine". Peut être, mais faire la cuisine au sol devient super pénible.
En plus, je l'ai systématiquement avec moi, même en bivouac.

Avec un peu de pratique, il est monté en 5 secondes. L'assise est basse mais vraiment confortable. On peut l'utiliser soit comme un petit siège, soit s'y vautrer comme dans un fauteuil et étendre ses jambes. C'est le gros avantage face à un trépied. Il est tellement agréable que souvent je le préfère à un autre siège disponible.








Comme il est très léger, il peut s'envoler. Il n'est pas rigide et il faut faire attention en s'asseyant. Il ne convient pas à nos amis les gros (qu'on aime pourtant très fort).
Le prix, quoi le prix ?
Il correspond à la logique "payer plus pour peser moins". Certes j'ai un peu pleuré en payant, mais l'usage que j'en ai eu par la suite a conforté mon choix. Je me suis même retrouvé dans des situations où je ne l'avais pas et j'ai dit "j'aurais du prendre mon pliant !".

Et puis Aurillac ce mois d'Aout. L'autre avantage de ce fauteuil est d'être moins haut qu'un trépied Decathlon. Je pouvais donc me mettre soit sur la même ligne soit juste devant eux en m'affalant un peu. Les jambes pliées je prenais moins de place qu'une personne assise par terre. Personne ne s'est plaint de moi, peut être que certains m'ont jalousé avec leur cul douloureux sur le sol trop dur.

Bref. Du matériel de professionnel. Vous avez 30 ans passé, vous avez mal au cul, aux cannes et au dos à force de vous assoir par terre ? Les sièges Decathlon sont bien trop lourds ? Voilà ce qu'il vous faut.
Si vous êtes amateurs de posage de cul, vous ne serez pas déçus.

Ya même une version rocking chair !!

samedi 18 août 2018

Un peu d'été.


 Le château






La citrouille

 

La promenade

lundi 30 juillet 2018

Le cas ortlieb city

C'est l'été.
Et comme c'est l'été les copains partent en vacances, et quelques uns partent à vélo.
Viennent alors les messages "coucou tu conseilles quoi comme sacoche ?"

Je réponds systématiquement "SURTOUT PAS LES ORTLIEB CITY !"
"Mais pourquoi, elles ont l'air bien et elles sont partout moins cher de 30 euros..."



N'Y TOUCHE PAS !

Les City sont le premier modèle de sacoche que j'ai acheté. Et que j'ai revendu après ma première rando.


Oui, ce sont elles, à l'arrière. Jolies, rouges, Ortlieb.

Seulement, voici deux images comparatives City/Classique.



En rouge le modèle City, en noir le modèle Classique.

La structure et les fixations sont identiques, ainsi que la sangle de retrait.
Le diable est dans les détails.

Sur la City, les clips de fermeture sont mâle/mâle. On ne peut donc pas fermer la sacoche par enroulement comme un sac étanche. On est obligé de venir cliper sur les parois latérales.

Cela a deux effets à mes yeux rédhibitoires

- elle n'admet pas de volume extensible, on est obligé d'enrouler pour fermer ou alors on laisse ouvert. Il est impossible de fermer si elle est trop remplie. Im-po-ssible, essayez vous verrez.
- on ne peut pas la transporter en utilisant le clip fermé.

On ne peut transporter la City qu'en utilisant la courroie de décrochage, qui est fine, souple, fragile. Ou en clipant une sangle supplémentaire, sans pouvoir fermer la sacoche...


La Classique comporte en revanche deux fonctionnalités supplémentaires. Elles paraissent facultatives à l'achat mais sont en fait indispensables.

- La sangle de transport. Elle vient aider à compresser la sacoche vers le bas, on la glisse dans le petit crochet. Elle sert aussi à... transporter la sacoche à l'épaule. Et quand elle est chargée de courses, c'est salvateur.

- La sangle de compression. Elle permet une option de transport en plus et assure le maintient de la fermeture de la sacoche. Moins indispensable, elle est tout de même bien pratique à l'usage car elle offre une option de fermeture rapide supplémentaire.

Les clips de fermeture sont mâle/femelle, ce qui permet de rouler et de fermer même avec un volume excédentaire.


En bref, le poids, le prix de la Classique sont supérieurs au modèle City, mais la différence se perçoit lors de l'utilisation, quotidienne mais même occasionnelle. 

Les City sont un modèle d'appel, qui satisfera le cycliste qui pense acheter un produit multi validé. Alors qu'il s'agit, pour ma part, d'une erreur persistante de gamme chez Ortlieb, qui leur permet une large distribution mais aussi une forte présence sur le marché de l'occasion.

Je sais que 30 euros font la différence, mais pour entre produit non fini et une sacoche que l'on gardera plusieurs années, l'économie n'est pas valable.

vendredi 27 juillet 2018

Feu flans belges

Nomad Resist en 35, tringles rigides.
Panaracer Paselas en 35.
Compass Barlow Pass en 38.
Maxxis Ardent en 2.4.
Specialized Sawtooth en 42.

Depuis 2014 je ne monte quasiment que des pneus à flancs beiges. Avec plus ou moins de succès.
J'ai vite usé les Résist, rapidement trop lisses.
J'ai remplacé les Paselas du Croix de Fer par des WTB Nano.
Les Compass on fait quelques mois de vélotaf sur le Fairdale puis ont atterri sur le CDF comme pneus de route.

Seuls les Ardent sur le VTT et les Sawtooth du Awol sont restés une année complète à rouler.
En tubeless.

Voici le résultat pour les Sawtooth:



Les flancs ont séché, puis se sont fissurés en de nombreux endroits. Jusqu'à déchirer et devenir inutilisables sans chambre à air. La matière s'effiloche.
Je les ai utilisés en VTC pour le vélotaf, sur le Fairdale d'abord puis sur le Awol en tubeless depuis mars. Ils doivent avoir 4000b. Aucune crevaison à déplorer, mais un jour de juin, perte de pression lente. Pneu arrière fissuré.

Les Ardent ont beaucoup moins roulé mais leur état n'est pas engageant:




J'ai préféré les changer pour des Ikons avant d'avoir un soucis en rando.

Je ne sais pas si c'est normal. Je ne sais pas si cette usure prématurée à mes yeux est le résultat d'une utilisation normale.
Après les différents retours, problèmes d'étanchéité, fragmentation des tringles, est-il judicieux d'opter pour le flanc beige en tout terrain et en Garnotte ?

Je ne connais pas la fabrication d'un pneu, mais la différence de texture latérale entre un pneu noir et un pneu flancs beiges influe nettement sur la durabilité du pneu.
Je n'ai jamais eu de pneu "noir" fissuré ainsi. Il peut craqueler certes, mais pas de cette manière et au bout d'un certain nombre de bornes et de durée d'utilisation.

Le choix d'un pneu flanc beige sera donc désormais, à mon avis, un choix esthétique en dépit d'une durabilité moindre. Il doit certes exister une grande différence de qualité de fabrication. Entre un Sawtooth à 30e et un Compass à 80e, par exemple (visuellement, la matière est déjà différente.)
Mais cette fantaisie est à mon sens à proscrire pour une utilisation tout terrain.

jeudi 26 juillet 2018

Le jour où j'ai été dégouté de la monoculture, la suite.

Mon ami monocycliste et cycliste Bobousse est nantais.
En plus d'être nantais il est sympa. Mais Nantes c'est loin.
Nantes a été le point de départ de ma première rando de 2013, j'y suis retourné pour une jam de street, et c'est tout.
Alors j'ai dit à Bobousse "vazy, je viens à Nantes à vélo en juillet ! ". Cela me permettra de Garnotter un brin et de tester une partie de la Loire à vélo, en vue d'y repasser en concubinage.

Je planifie un peu. Je trace jusque chez mes parents puis je rejoins un GR jusqu'à Chateauroux, Azay le Rideau puis la Loire.
Peu de dénivelé, de la Garnotte facile. Allez.

Le w.e. précédent le départ est organisé un séjour Garnotte de 12 chez Serge Barnel, dans les Hautes-Alpes. J'en reviens en demi PLS et je retarde mon départ au mardi, zappant ainsi l'étape Lyon-Roanne.
Cela me fait arriver le mardi à Chantelle, tout juste pour voir mon ami Henri jouer son spectacle avec le Footsbarn. Nickel.

Mon vélo est prêt. Peu de changements par rapport à l'année dernière.
J'ai opté pour un cintre Jones, pour essayer.
Une sacoche de selle Apidura vient remplacer la KTM.
J'ai chaussé une paire de Ikon en 2.2, plus roulants que les Ardent en 2.4, dont un flanc (beige) était percé (lui aussi...).
Un sac duvet Cumulus Lite Line 200 remplace mon Decathlon trop léger.
J'ai remplacé le harnais chinois par le châssis Salsa, tout rigide en alu plastique. Ultra stable et très pratique.
Mon mug inox à 2e50 a disparu au profit d'un MSR titane, pour le prestige.
La panoplie est complétée par un fauteuil pliant Hélinox, dont les 500g valent laaaargement le surpoids.

Ah oui. Je suis désormais en 11v. Pédalier Raceface Aeffect 30d, cassette sunrace 11/46, dérailleur et manette Sram GX.
Et j'ai jeté mon ancien cuissard Poseur un peu distendu (2013), j'en ai désormais un nouveau.




Première étape donc, Roanne / Chantelle.
100 bornes de Garnotte pure avec du vrai D+ qui passe bien, dans les contreforts du Massif Central, le Charolais.


C'est en quelque sorte une étape "validation", avec arrivée chez mes parents, petite journée repos familiale. Pour le plaisir.


Pour le plaisir de retraverser ce Bourbonnais que j'aime tant, ces bouchures, ces chemins tout garnottés qui font le sel de ces vallons paisibles.

Le jeudi c'est reparti. Direction La Châtre, pour encore 100 bornes de Garnotage intempestif, suivant un tracé caillouteux.
Il fait très chaud, je bois 5 litres de flotte.





Je me dis que ce voyage ne va pas être si facile.
Et puis j'arrive chez le François, sous un soleil de plomb.


Assez de force pour rejoindre le camping et y poser mon pliant, comme un professionnel du camping.


Pour l'instant les campings sont déserts, je suis un peu l'ovni cycliste.

Le lendemain, le ciel est couvert. C'est une chance, j'ai une centaine de bornes pour atteindre le GR et dépasser Chateauroux.



La Garnotte agricole alterne avec le chemin forestier. C'est très agréable et le le dénivelé a disparu. Cela me permet d'avancer sans craindre le nervous braiquedaune.


Passé Chateauroux, plus de bouchures, plus de bêtes, mais de grandes étendues de cultures.
J'en viens à regretter la Creuse et la peine que j'ai eu l'année passée à partir 50b par jour. Tout est trop plat, trop défini. J'atteins l'Indre, que je suivrai jusqu'à la Loire.
Plus de surprises.



Le petit camping de Châtillon sur Indre est paisible, je suis le seul campeur. Demain je tenterai de rejoindre la Loire.




Heureusement, si les vallons m'ont abandonnés, le GR me réserve bien des surprises en terme de biotope. Passé Loches, je décide je rejoindre Azay Le Rideau, ce qui me fait gagner un jour en évitant Tours. Je ne saurais pas si c'était une bonne idée.

Le camping près du château est très accueillant mais l'ambiance a changé.
Plein de gens, des étrangers, des familles, des cyclistes.

Je suis traumatisé par ces gens pilotant des VTC avec 4 sacoches énormes, autant de bagages et ... un maillet. Ils ont tous un maillet.
Je ne connais pas le poids de leur maillet. Mais en camping, itinérant, en France, sur un parcours emprunté, un maillet... Je me dis alors que je suis pas si stupide avec mon pliant, et je les regarde préparer leur repas, le cul par terre.
On discute un peu. Beaucoup font une cinquantaine de kilomètres par jour, sur l'Eurovélo, puis prennent le train. Angers - Orléans pour les uns, Nantes - Tours pour un autre.
Je suis curieux de voir enfin cet Eurovélo dont on parle tant, cette Loire à vélo qui nourrit tant de vacanciers.

Je quitte Azay le Rideau en visant Angers. Un centaine de bornes le long de la Loire.
Je m’aperçois instantanément que je n'ai rien à y faire.

L'itinéraire n'est pas dénué d’intérêt. Il permet d'effectuer le trajet entre plusieurs villes, quelques châteaux, de façon très sécurisée et peu difficile.
De plus mon vélo n'est pas du tout adapté au bitume et encore moins au plat. Gonflé à 2.5, j'ai rapidement mal aux mains, puis au cul, puis aux mains. Je change de position toutes les 30 secondes et je ne pense plus qu'à ça. Il n'y a aucun effort à produire, pas de dynamisme, pas de changement.

Fort heureusement, avant Saumur je croise des vttistes que j'accompagne sur des singles, me faisant oublier les précédents kilomètres. On joue à la grosse quéquette, ils font les malins en enduro puis me demandent comment je fais pour les suivre avec mon tout rigide et mes bagages.
Mais le supplice continue après Saumur où le paysage est fade, l'itinéraire lassant. Je tente des escapades. Tout est plat et je ne fais que rallonger le supplice.
J'arrive à Angers cassé, un peu blasé.
Heureusement le camping du Jar est sympa, quelques discutions autour d'une bière locale avec d'autres cyclistes croisés.






Le Bobousse a son lundi, il pourra donc venir à ma rencontre le lendemain.
Angers - Nantes.
Je subis jusqu'à midi, il fait chaud, tout est fermé, je commence à en avoir marre.
Puis Bob me rejoins et m'accompagne. Tout est alors plus facile. On discute, on se relaie un peu, on échange nos vélos.
Ça doit être ça le plaisir de la Loire à vélo, le partage. La petite bière à l'arrivée, le plaisir d'avoir roulé ensemble.





Je suis pas déçu d'avoir passé ces 2 jours sur cet itinéraire, je sais désormais comment l’appréhender.
Je sais aussi ce que je dois éviter si je dois rouler seul.
Mais sur 5 jours pleins de rando c'est un peu chiche. La prochaine fois, je saurais qu'il faut que je m'en tienne à la sacro sainte Garnotte.
J'ai sans doute aussi mis la barre trop basse. J'ai peut être besoin de souffrir un peu plus, par le D+, par le technique. Surtout que je suis prêt pour ça. M'enfin.

Sur les 3 jours de GR, j'aurais profité pleinement de mon équipement et je recommande encore et toujours l'usage d'un VTT rigide emballé, en 30/46 (que j'ai utilisé maintes fois) dès qu'on s'attaque à la ruralité forestière. L'ensemble est étonnamment très maniable et le poids du vélo s'oublie très rapidement. La stabilité et l'équilibre sont vraiment les clefs du vélo "bikepacké". Un vélo performant et confortable... dans la Garnotte.
Cette souffrance sur le bitume plat m'a vraiment surpris. Je n'étais pas prêt à ça. Je me disais "ça va passer, c'est un paquebot, il va rouler tout seul." Je ne me doutais pas une seule seconde souffrir de ma position. Quelque chose ne doit pas aller, mais c'est étrange car je n'avais jamais souffert ainsi avec ce vélo. Le cintre peut-être.

Bref.
Bob et Oriane m’accueillent royalement dans leur chez eux et je profite d'une petite pause entouré de petits chatons mignons.



Une nouvelle traversée de la France, plus rapide, plus plate, différente.

(il manque Roanne-Chantelle)
Peut être que je le referai mais en passant par Poitiers et Cholet. Et un bout de Creuse aussi, j'adore la Creuse.

mercredi 25 avril 2018

"Est-ce Gravel ?"

Depuis quelques années la folie du Gravel© semble avoir envahi l'internet du vélo.
Principalement pratiquée en France par des adultes de faible constitution, cette discipline soit disant récente est en fait vieille comme la bicyclette.

Comme nous le dit si bien Gravel Bike France, le "Gravel™" est une discipline cycliste inventée outre atlantique. Il s'agit de courses sur les pistes de terre et de poussière traversant les immensités quasi désertes de nombreux États.
On peut retrouver en France ce type de piste en Charentes Maritimes, dans la Beauce... et c'est tout.

En effet, dans nos contrées le réseau routier secondaire est très segmenté, goudronné et très irrégulier. Point ou peu de biotope Gravel™ sous nos latitudes. Ou alors vraiment quelques extraits, mais rien de franchement comparable à rouler sur des autoroutes de poussière en ligne droite sur 50 km.


exemple de biotope Gravel© français idéal




exemple de biotope Gravel™ américain, source: theradavist


J'ai commencé le vélo à la campagne, où je n'ai envisagé sa pratique sportive que très tard. Vélo a donc souvent rimé pour moi avec route défoncée, chemin vicinal ou forestier. Mon premier vrai vélo a été un VTC Gitane de type urbain. 20 ans après il a encore ses pneus d'origine et doit totaliser moins de kilomètres au compteur que mon récent Spé Awol.
Après être passé par le skate, le BMX, le monocycle et le pignon fixe, j'ai tâté du vélo de route.
En 23mm sur les départementales bourbonnaises tu ne fais pas ton malin très longtemps et je suis vite passé en 28mm. Puis je me suis monté un SSCX.
Quel plaisir de retourner en forêt, rouler vite et rentrer sale.
J'ai donc chaussé des pneus de 35 sur mon Croix de Fer.
Puis j'ai acheté un GPS.

Et la vérité m'est apparue en janvier 2015. Je traçais des itinéraires composés exclusivement de chemins agricoles ou forestiers inconnus, même à 5 km de chez mes parents, pour parcourir 100km en dehors de toute circulation routière. Certes le nez sur mon GPS, mais les pneus dans l'herbe ou dans la bouse.
Ce n'était pas du cyclocross, pas trop de boue ni de cardio. Ce n'était pas du VTT car le terrain n'est pas difficile. C'était du VTC, le vrai vélo tout chemin dont on parlait à la télé dans les années 2000.
Et quel pied de rouler à mon allure sur des chemins agréables puis de rentrer fourbu mais heureux d'avoir papillonné ou trempé mes petons dans les gués traversés.

Pendant ce temps, sur internet et dans les magasins, certains avaient entrepris de renommer cette pratique et de lui accoler le logo GRAVEL, permettant de vendre des brassées de vélos confortables mais trop chers à des Mamils trop mauvais sur route et trop faibles pour le VTT. Mais bon, on leur a dit que l'esprit Gravel© allait les accueillir et leur faire retrouver le plaisir de la bicyclette autrefois égaré.
Ça vient des Amériques, Spécialized leur propose des vélos permettant d'alterner route et chemin, qu'a-t-on besoin de plus ?

Toujours plus. Mavic vient de décider de remplacer ce Gravel, trop connoté et sportif et le VTC trop pouilleux par "ALLROAD". OH YEAH allons rouler aullereaude mes amis !!
N'oublions pas de nous vêtir tristement avec des tissus sobrement chics et ennuyeux. Notre pratique sera toujours plus Gravel© que celle de notre voisin. Puisque l'esprit nous mène.
On tente parfois de nous expliquer, nous rappeler que nous n'avons rien compris. Que le Gravel© est un type de vélo particulier avec une géométrie singulière et un équipement adéquat.
Ce à quoi beaucoup répondent "Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse!"

Et ils ont raison.
Même si je suis tenté de dire que je préfère un bon vin nature à une mauvaise Villageoise...
En toute honnêteté, je suis lassé de la catégorisation systématique et premier degré à laquelle certains pratiquants ne veulent déroger sous aucun prétexte. Un vélo tout chemin reste un vélo tout chemin. qu'il soit Gravel©mescouilles ou aullereaudemesgenoux. L'important est qu'il soit adapté à la pratique et que le cycliste ne soit pas dans l'erreur en utilisant un vélo obsolète ou dangereux.

Personnellement, je continuerai de profiter de mon VTC, seul dans mon coin, avec ma moyenne de 19km/h. Parce que si le bonheur doit être partagé, est-ce Gravel©  ?

Petite chronologie de mes VTC:

 Du Vétécé mieux qu'en rêve, monoplateau, dynamo et pneu en 35.



 Du Vétécé moyennement adapté


Du Vétécé sans disque ni vitesses



Le Vétécé idéal, enfin (Genesis Croix de Fer 2013)

samedi 21 avril 2018

Bilan de 30 ans de procrastination

Ce matin je me suis levé avec la sévère impression de m'être pris un bon coup derrière la nuque.
Le radio réveil crie "Bonjour vous êtes sur France Inter et nous sommes le Samedi 21 avril. Il est 8h."

Et ce matin, j'ai 30 ans.
Pas que ça me chagrine, ni que ça m'impressionne. Au fond ça me rassure un peu.
Je vais pouvoir enfin justifier mon attitude sédentaire et égoïste par les bientôt classiques:
"Oui mais je suis vieux, j'ai le droit."
ou
"Tu verras passé trente ans, tu feras moins le.la malin.ne !"

Je vais commencer par satisfaire mon premier plaisir. Celui de partager les œuvres qui auront marqué mes 30 premières années. Celles que je retiens. Une de chaque. Les évidences des évidences.
Sans justification aucune. Simplement en retirer le principal. La base.

Commençons par l’œuvre musicale anglophone.
Sans débat, Rory Gallagher, l'ensemble de sa carrière pouvant être résumée par cet extrait scénique:



Continuons par l’œuvre musicale francophone.
Le texte d'Aragon mis en musique par la Tordue, groupe rare mais indispensable. "La rose et le réséda":



Maintenant, l’œuvre littéraire francophone.
Ne vous étonnez pas.



Aux antipodes, voici l’œuvre vidéoludique :


Ahhhhh Toussaint, ses champs, ses vignes, ses donzelles, ses parties de Gwent et ses vampires schizophrènes...


Le plus dur à déterminer, l’œuvre cinématographique:
"Le Retour", film russe d'Andrei Zviaguintsev, s'est imposé petit à petit dans mon inconscient comme étant le film qui m'a "rendu cinéphile".


Ne regardez aucune bande annonce, elles divulgachent l'ensemble du film. J'ai le dvd s'il faut.

J'ai cherché, en vain, l’œuvre de spectacle vivant que je retiendrai.
Le problème du spectacle vivant, c'est qu'il est unique. Et cette expérience ne pourra jamais être reproduite. Cependant, je dois avouer que je garde gravé dans ma mémoire les constructions de Royal de Luxe, les fantaisies du Footsbarn et la gouaille des Jolie Môme.

Quant à l’œuvre picturale, rien ni personne ne m'a autant étonné puis ému que Turner. Son célèbre et fantastique Rain, Steam and Speed - The Great Western Railway.




Ce n'est que face au tableau que l'on arrive à sentir le mouvement puis à entrer dans l'ambiance et enfin distinguer chaque élément.



Il y a tant et tant d’œuvres artistiques que j'apprécie, que je conseille, mais peu ont su changer ma vision du monde aussi radicalement que celles ci.
J'élude volontairement le pan "militant" de ma culture personnelle, car il s'agit pour moi d'une évolution parallèle ouvrant l'intellect à autre chose que la simple sensation, qu'à l'émotion. Je n'arrive pas à entremêler émotion et politique, qui sont pour moi deux élaborations culturelles de l'individu, qui si elles évoluent simultanément, ne construisent pas les mêmes rapports au monde. Pour moi, j'entends.

(oui, Prévert, Aragon, Jolie Môme, l'influence reste majeure...;) )